Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 15:06

Les racines du ciel, de Romain Gary

 

racines du ciel

 

Cette fois-ci, dans ma période de voyages littéraires, après la Grèce et avant Vladivostok (critiques à venir), me voilà transportée au Tchad. Je découvre avec étonnement que nos préoccupations écologiques ne sont pas neuves et que vers 1954, si je me rappelle bien les dates du roman, elles étaient déjà prégnantes chez certains, et latentes dans le monde politique.

 

Le déclencheur de l’intrigue est un dénommé Morel, qui se balade dans les communautés blanches des « grandes villes » (dont j’ai déjà oublié le nom, décidément la géographie n’est pas mon fort) en essayant de faire signer sa pétition (détail capital) qui veut forcer les gouvernements à interdire définitivement la chasse aux éléphants afin de ménager une marge humaine où l’on puisse se réfugier, en sachant que des animaux aussi extraordinaires, malgré la place qu’il prenne, les troubles qu’ils peuvent causer, et leur inutilité, en quelque sorte, sont protégés parce que ce qui devrait caractériser l’espèce humaine, c’est sa tolérance (je simplifie, que Gary me pardonne). Ce Morel, dont d’abord tout le monde se moque et dont personne ne signe la pétition (il ne récolte que deux noms), finit par décider de passer à l’action et à l’attaque. Il se met à incendier des plantations ou des fermes, des magasins de blancs dont l’art de chasse est réputé, ou qui sont connus pour l’ivoire dont ils font le trafic, ou encore parce qu’ils exportent des vases ou des seaux faits à partir de pieds d’éléphants évidés. Il ne tue pas les responsables, mais les punit : recevoir une fessée pour les femmes, être fouetté pour les hommes… Un certain nombre de personnages (difficile de tous les mémoriser, d’ailleurs) suit de près ou de loin les aventures de cet hurluberlu. Il y a beaucoup de militaires, de gouverneurs, de prêtres, et quelques civils égarés là, exilés volontaires ou forcés. Il y a aussi l’Allemande, débarquée au Tchad pour être serveuse au bar d’un hôtel et que le combat de Morel touche profondément.

 

Ce roman foisonne de très beaux personnages qui ont pour la plupart fait l’expérience d’une très grande solitude, et cherchent à la remplir.  Pour l’Allemande (prénom et patronyme déjà sortis de ma mémoire), c’est encore ce que Morel cherche, en voulant protéger les éléphants. Ce qu’il raconte, lui, qui a été emprisonné en camp de concentration, c’est qu’il a une dette envers eux, parce qu’un des hommes de son block, enfermé au cachot pour une belle résistance de l’esprit qu’il serait un peu long de relater ici mais que vous découvrirez, si ce n’est déjà fait, dans le roman, dans une cellule trop petite pour être debout ou pour s’allonger, a, pour survivre, pensé aux éléphants. À d’immenses troupeaux d’éléphants qui traversent la savane en détruisant tout, avec leur force et leur puissance de mastodontes, en même temps que leur grâce lourde de pachydermes. Je trouve cette anecdote magnifique et elle fait écho pour moi à un texte que j’avais lu sur la femme ou la compagne de Robert Desnos dans les camps, qui prenait le temps de saluer, de discuter, de faire des politesses même au milieu des prisonniers hébétés et abrutis, pour garder son humanité, pour ne pas se laisser avoir. 

 

C’est un livre qui parle de résistance et d’humanité, de croyance en l’homme, de désespoir, de solitude, d’Afrique et du regard de l’Occident sur elle dans les années 50, de choix différents, de politique, de foi, de Dieu.

 

Extraits : « C’était un homme qui avait beaucoup souffert et qui se sentait bien seul. (…) C’était d’ailleurs amusant de voir ce que ce besoin de qu’elle connaissait si bien pouvait devenir lorsqu’il se mettait à grandir en vous – on pouvait bien jeter tous les éléphants d’Afrique dans ce vide sans parvenir à le combler. Elle ne bougeait pas, appuyée contre le mur, essayant de ne pas l’interrompre, de pas sourire aussi à l’idée que jamais sans doute un homme n’avait parlé ainsi  des éléphants à une femme. Elle pensait aussi qu’il était vraiment bien tombé et que seule fille sur laquelle des hommes s’étaient jetés sans même desserrer leurs ceinturons pouvait comprendre sans s’étonner toutes les formes étranges et parfois un peu drôles que peut prendre le besoin d’amitié et de protection. »

 

Au cas où, précision : « elle » c’est l’Allemande, et « il » c’est Morel, quand il n’en est encore qu’au stade pétition.

 

« Je crois même que tous les mouvements politiques contre les droits de la personne humaine, contre une conception élevée de notre dignité sont nés de cette volonté de se rassurer eux-mêmes de tous ceux qui ne se sentent pas capables d’une telle tâche et qui puisent dans leur petitesse blessée une haine farouche pour ces obstinés qui, ainsi qu’ils le disent – et avec quel mépris ! – se font des illusions. »

 

Je ne sais plus qui parle exactement, mais peut-être bien le Père Saint Denis, celui qui cherche dans tout le pays l’histoire complète de cette affaire, et qui va interroger un autre personnage qui est assez au courant – ou bien il s’agit de ce personnage-là.

 

« Il fallait que l’opinion publique sût qu’en ce siècle de défaitisme et d’acceptation, des hommes continuaient à lutter pour l’honneur du nom et pour donner à leurs espoirs confus un élan nouveau. Tôt ou tard, cette aspiration informulée qui les habitait allait se frayer un chemin à l’air libre, prendre corps, éclater à la surface comme une triomphale floraison. Du Baïkal à Grenade et de Pittsburg au Tchad, le printemps souterrain qui vivait sa vie cachée dans la profondeur des racines, allait surgir à la surface de la terre de toute la puissance irrésistible de ses milliards de pousses faibles et tâtonnantes. Il pouvait presque entendre ce lent cheminement vers l’air libre et la lumière, ce bruissement timide et clandestin. Il était très difficile de percevoir ces petits craquements, à peine audibles  et biscornus, des souches qui cherchent à se frayer u chemin à travers toute l’épaisseur d’une acceptation millénaire. Mais il avait l’oreille très fine et exercée à suivre sur toute l’étendue du globe la lente poussée, millimètre par millimètre, de ce vieux et difficile printemps. »

 

« Il » est toujours Morel, si je me souviens bien.

 

 

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Vendredi 6 août 2010 5 06 /08 /Août /2010 19:46

Mémoires d’une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir

 

mémoires jf rangée 

 

Dans ce livre, Simone de Beauvoir raconte son enfance, son adolescence et ses débuts dans la vie d’adulte, jusqu’à ses vingt ou vingt et un ans. J’ai été absolument emballée par ce récit, du premier paragraphe au point final. J’aime énormément la manière dont l’auteure raconte ces âges en les respectant absolument. Je ne crois pas qu’elle se moque jamais des façons d’être, de raisonner, de réfléchir, de se considérer, de voir le monde, qu’elle a pu avoir tout au long de sa découverte d’elle-même et de sa construction. Résumer cet ouvrage serait stupide, puisqu’il s’agit de sa propre vie : il vous suffit pour savoir de quoi il en retourne de chercher n’importe quelle biographie sur Internet.


Il m’est difficile de faire cette critique, car je crois que si ce livre m’a autant plu, c’est que j’ai été personnellement touchée par Simone de Beauvoir adolescente, se débattant dans sa solitude, la voie qu’on lui trace dans l’intellect pur, son attirance et sa répulsion pour tout ce qui sort de la norme, l’ennui qui lui procurent la plupart des gens qu’elle côtoie, son emportement, sa passion, sa volonté d’écrire à tout prix, ses incertitudes vis à vis des hommes, ses hauts et ses bas démesurés, ses amitiés. Je suis fascinée aussi par les phrases toutes simples comme « à Normale, je rencontrai Nizan et Sartre. » Comme j’aimerais vivre une époque semblable où en traînant la Sorbonne, on rencontre et on devient les plus grands intellectuels du siècle ! Ce n’est pas une histoire de célébrité, mais de reconnaissance mutuelle, d’enrichissement, d’émulsion, de parrainage intellectuel… D’ailleurs, il n’y a pas de fanfaronnade dans la façon dont Simone de Beauvoir l’écrit : ou bien c’est naturel, car après tout, qu’y peut-elle, si ces hommes sont dans la même promotion qu’elle ? ou bien c’est une découverte magnifique, car ils sont intelligents, passionnés, ils la guident et la font grandir, et c’est la même attitude que celle que j’ai en la découvrant elle à travers son livre, une sorte de joie extraordinaire de l’humain lorsqu’il est lié à l’intellectuel et à la vie.


J’ai envie d’écrire à Simone de Beauvoir et de lui dire combien ses Mémoires me font du bien, m’encouragent, me donnent de l’espoir ! Mais elle ne pourra pas me lire…

 

Revenons à nos moutons critiques. Il est difficile de juger un style autobiographique, surtout lorsque c’est le premier ouvrage que l’on lit d’un auteur. Ici, ce dont je suis certaine, c’est qu’il est fluide, et qu’on sent l’habitude ou en tout cas la pratique antérieure de l’écriture romanesque, qui permet d’entraîner le lecteur dans un flux, et de le faire voguer au gré des rencontres, des apprentissages, des amitiés. Beauvoir glisse des extraits de ses journaux intimes, de correspondance avec Zaza ou d’autres. Ce qui ancre le plus dans le réel est peut-être la présence de noms connus, déjà lus ou entendus, de lieux ou d’êtres. Et puis ce que l’on sait d’elle, ce que l’on a entendu dire… Un début de féminisme, ses idées sur le libertinage autorisé aux garçons et interdit aux filles ? Son puritanisme très catholique lui fait mépriser cela, mais si on l’autorise à un sexe, alors elle ne voit pas pourquoi l’autre n’y aurait pas droit. J’aime beaucoup ce genre de contradictions, ou de paradoxes, que Beauvoir relate sans les ridiculiser, où qu’elle en soit dans sa pensée au moment de l’écriture. On se doute bien, connaissant le pacte célèbre qu’elle a fait avec Sartre (celui où ils décident de s’autoriser mutuellement des « amours contingents »), qu’elle a dépassé assez vite son puritanisme ! Mais ce n’est pas pour autant qu’elle jugera ses pensées d’alors et – je l’ai déjà dit – c’est ce respect qui m’a beaucoup touchée dans ses Mémoires.


Je ne sais trop quoi ajouter, si ce n’est que je recommande ce livre, mais peut-être pas à tous. Il faut sans doute s’intéresser aux autobiographies en général, et/ou à cette époque historique (l’Entre-deux-guerres à Paris), et/ou aux personnages qui commencent à y évoluer et qui compteront dans le paysage intellectuel et artistique français : Sartre, Nizan, Beauvoir évidemment… Quoi que ce dernier intérêt est sans doute moins important que dans La Force de l’âge, deuxième volume de son autobiographie, que j’ai commencé hier.

Par Webiblio
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Vendredi 6 août 2010 5 06 /08 /Août /2010 19:47

On n’y voit rien, de Daniel Arasse

 

Résumé du 4e de couverture :                                                               On n'y voit rien

Que fait-on quand on regarde une peinture ? À quoi pense-t-on ? Qu’imagine-t-on ? Comment dire, comment se dire à soi-même ce que l’on voit ou devine ? Et comment l’historien d’art peut-il interpréter sérieusement ce qu’il voit un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout ?


En six courtes dictions narratives qui se présentent comme autant d’enquêtes sur les évidences du visible, de Velàzquez à Titien, de Bruegel à Tintoret, Daniel Arasse propose des aventures du regard. Un seul point commun entre les tableaux envisagés : la peinture y révèle sa puissance en nous éblouissant, en démontrant que nous ne voyons rien de ce qu’elle nous montre. On n’y voit rien ! Mais ce rien, ce n’est pas rien.


Écrit par l’un des historiens d’art les plus brillants de notre époque, ce livre, dont la nouvelle édition offre 60 illustrations en couleurs, adopte un ton vif, libre et drôle pour aborder le savoir sans fin que la peinture nous délivre à travers les siècles.

 


Je n’ai pas trouvé ce livre au hasard en flânant dans les rayons poussiéreux d’une librairie d’art parisienne, et non... Cassons le mythe ! Il faisait tout simplement partie de ma longue liste d’ouvrages à lire pour ma première années d’études.

 

Daniel Arasse expose son opinion sur cinq tableaux : Mars et Vénus surpris par Vulcain, de Tintoret, L’Annonciation, de Francesco del Cossa, L’Adoration des Mages, de Bruegel l’Ancien, La Vénus d’Urbin, de Titien, Les Ménines, de Velàzquez ; ainsi qu’une théorie sur la symbolique des longs cheveux de Marie-Madeleine en peinture et l’origine de cette figure composite qu’on ne trouve pas telle quelle dans la Bible.


Chaque analyse « historique » de tableau est présentée de manière différente, plus agréable et/ou ludique qu’une aride étude universitaire.

 

La première, celle du tableau de Tintoret, est sous forme épistolaire. « Cara Giulia » : Daniel Arasse expose sa théorie, relativement divergente des interprétations habituelles, à « Giulia », une femme que l’on devine être elle-même historienne d’art (personnage réel ou imaginaire ? Mais après tout, qu’importe ?), et qui a publié (dans une revue d’art ou un livre, on ne sait pas) une étude sur ce même tableau. La force de Daniel Arasse est son pouvoir de narration, en même temps que sa rigueur analytique : il propose des axes d’interprétation très personnels, mais il les justifie précisément, sans basculer dans la surinterprétation. Il attire notre attention sur des détails que nous ne remarquerions pas autrement : dans Mars et Vénus surpris par Vulcain, il développe une « théorie » autour d’un miroir rond à l’arrière-plan, qui ne reflète pas la scène peinte au première plan mais quelque chose que l’on peut supposer se passer un peu plus tard : en effet, alors que Vulcain, au premier plan, découvre Vénus étendue lascivement sur sa couche (et que Mars se carapate sous la table), adopte une certaine posture, celle que l’on peut voir dans le miroir est différente, il se penche carrément sur Vénus, comme s’il était pris d’un brusque désir pour elle. L’auteur accentue le ridicule de Mars, celui de Vulcain, tous les deux plus ou moins pris dans les filets de la belle Vénus.


D’autres analyses de tableaux sont présentées encore différemment : une recherche personnelle à la première personne, presque une enquête policière, un dialogue entre deux historiens d’art dont l’auteur prend le soin de brosser de véritables caractères.


Je recommande cet ouvrage à ceux qui auraient envie de se pencher vers l’histoire de l’art, mais qui n’osent pas, effrayés par l’aspect rébarbatif des textes entourant les images dans les bouquins d’art. C’est une très agréable, ludique, et néanmoins instructive promenade dans quelques tableaux de peintres d’une importance qu’il est nécessaire de souligner aux néophytes.

Par Webiblio
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Vendredi 6 août 2010 5 06 /08 /Août /2010 21:53
Le village de l’Allemand ou Le journal de Frères Schiller, de Boualem Sansal



Résumé du 4e de couverture : Les narrateurs sont deux frères nés de mère algérienne et de père allemand. Ils ont été élevés par un vieil oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, tandis que leurs parents restaient dans leur village d’Aïn Deb, près de Sétif. En 1994, le GIA massacre une partie de la population du bourg. Pour les deux fils, le deuil va se doubler d’une douleur bien plus atroce : la révélation de ce que fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre prestigieux de moudjahid.

 
Basé sur une histoire authentique, le roman propose une réflexion véhémente et profonde, nourrie par la pensée de Primo Levi. Il relie trois épisodes à la fois dissemblables et proches : la Shoah, vue à travers le regard d’un jeune Arabe qui découvre avec horreur la réalité de l’extermination de masse ; la sale guerre des années 1990 en Algérie ; la situation des banlieues françaises et en particulier la vie des Algériens qui s’y trouvent depuis deux générations dans un abandon croissant de la République. « À ce train, dit un personnage, parce que nos parents sont trop pieux et nos gamins trop naïfs, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez seulement la contenir dans ses frontières actuelles. »

Mon résumé : C’est un roman à deux voix. Celle du jeune banlieusard qui découvre l’Histoire et son histoire, par l’intermédiaire du journal de son frère aîné suicidé quelques mois plus tôt. Et celle de ce frère mort, justement. L’alternance irrégulière des journaux nous fait voguer de la banlieue parisienne à l’Allemagne, l’Égypte, l’Algérie ou la Pologne.

Extraits : « C’est bête comme on ne connaît pas l’histoire de son pays. Je me demande combien dans le monde sont capables de raconter de A à Z, sans se perdre dans quelque beau rêve de secours, l’histoire de leur village, leur quartier, leur maison. Et sûrement très peu connaissent l’histoire de leur famille. Je ne le savais pas encore, notre propre histoire, surhumaine et folle, allait bientôt m’éclater à la gueule et me tuer. »

« On ne parle que de ça, la vraie vie, le paradis, la dinna comment ils disent, les houris, les compagnons du Prophète, les saints de l’Âge d’or, la civilisation de Dieu, la fraternité, puis on se sourit chevaleresquement en se donnant l’accolade des anciens combattants des guerres saintes et en pensant fortement à Jérusalem, El Qods comme ils disent. Au début, ça allait, on chantait pour le plaisir, puis d’autres sont arrivés, à leur tête un imam du GIA, et la gentille routine facultative a tourné au cauchemar en boucle, une folie si grande que nous étions fascinés. »

« Ça pue le vieux, le marginal, l’humide, la folie furieuse, l’inutile, le dégueulasse. Mort ou vif, un tortionnaire est un tortionnaire. Ce pauvre Jean 92 aurait dû mourir avant de naître, en tout cas au moment où il se transformera en loup-garou du Troisième Reich. Des affiches crasseuses, des bouquins mal fichus, un livre d’heures dans sa housse de coton, des catalogues pour chasseurs, déplumés jusqu’à la tranche, des fanions décolorés, des lettres désespérantes, des photos encore plus désespérantes, des cahiers bourrés de fiel, des tracts à vomir. Il m’a proposé le paquet pour deux cents francs. »

Ma critique : Ce livre est intéressant à de nombreux points de vue. La manière assez originale d’approcher les abominations de la guerre 39-45, les camps de concentration et d’extermination notamment. L’idée des deux journaux aussi est bonne. Les deux frères approchent la révélation du passé de leur père très différemment, différence due, sans doute, à la manière dont ils l’ont découverte et à leur caractère. En dessous du thème explicite du nazisme, un deuxième apparaît : la transmission, la « psycho-généalogie », l’expiation des fautes parentales... Au début, il est difficile de se le rappeler, mais il ne faut pas confondre les opinions/réactions des personnages et de l’auteur.. Cependant, les journaux sont plutôt réalistes, surtout celui de l’aîné, Rachel, et j’ai été agacée parfois de la complaisance dans le malheur, mais tout de suite après vient celui du frère cadet qui dit lui-même « J’ai résumé, j’ai pris le meilleur, le reste est un vrai bla-bla de mosquée. ». Un point négatif : de belles phrases réfléchies et littéraires dans la bouche ou plutôt le journal du frère qui habite en banlieue, a quitté l’école bien tôt, qui dit par ailleurs « un truc s’est cassé dans sa tête », ça n’est pas crédible. Il faut savoir équilibrer entre les phrases que l’on veut absolument caser et la cohérence de la langue d’un personnage. Je regrette la fin qui n’est pas une « résolution ». Cela donne un certain effet, mais dans un tel livre qui fait des parallèles entre l’islamisation des banlieues, la « dictature » des imams et le nazisme, on a envie, besoin même, d’une touche d’espoir à la fin. Je me retiendrai de révéler le dernier chapitre, mais s’il n’est pas surprenant, on est déçu qu’il ne soit pas autre, que l’auteur n’ait pas simplement inversé les deux derniers. J’ai eu l’impression de revenir à zéro, et dans ce cas-là, pourquoi avoir écrit ce livre ?

Note : 15,5/20

Détails pratiques : - nrf chez Gallimard
- 17 €
- 254 pages

Autres : Fait partie de la sélection du Prix du Roman Ouest-France – Étonnants Voyageurs 2008.


La classification de ce roman dans "Historiques" est tout à fait contestable, j'en suis consciente. Si vous avez une meilleure idée...

 

village de l'alld

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