Dimanche 26 août 2007 7 26 /08 /Août /2007 21:09
Le regard des Furies, de Javier Negrete

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Traducteur : Christophe Josse


Résumé du 4e de couverture : « Je ne suis pas un homme, se répétait-il. Il était plus et beaucoup moins. Un prédateur doué d’une intelligence et d’une efficacité extrêmes ; une machine à tuer ; un esclave du pouvoir, comme la Parque Atropos qui tranche le fil de la vie quand sa sœur Lachésis le lui ordonne. Les bêtes, les machines, les Parques et les génètes n’obéissent à aucune morale, ils ne peuvent choisir entre le bien et le mal. »
2116. Voici l’histoire d’Érèmos le « génète », agent clandestin de la puissante compagnie HONYC, en mission sur une planète-bagne pour y retrouver le secret du voyage interstellaire, jalousement gardé par les Tritons extraterrestres.
Un grand roman de science-fiction en même temps qu’une parabole sur l’exercice de la responsabilité.

Mon résumé : Érèmos, un génète, c’est-à-dire un « OGM humain », à mi-chemin entre l’homme et la machine, est chargé, après un sommeil artificiel de 20 ans, d’effectuer la mission la plus difficile qu’on lui ait jamais donnée. Seul, sur une planète inconnue dotée d’un univers carcéral et en déchéance, sans arme, sans contact, et il n’a que treize jours. Un personnage sans morale puisque sans conscience du bien et du mal, d’une intelligence exceptionnelle, aux ressources quasi-inépuisables, avec un fonctionnement interne équivalent à celui d’un ordinateur, un sex-appeal impressionnant… Sans oublier sa carrière de tueur en série.

Extraits :« Chez lui [Érèmos], les attirances relevaient du domaine de la curiosité, et le terme « attirance » n’était pas adapté en l’occurrence, car c’était plus intellectuel. »

« Quel est le fondement de l’éthique telle que nous l’envisageons habituellement, étant donné que les indices sur la nature de l’homme au cours de l’histoire semblent nous amener à la même conclusion : le droit du plus fort prévaut toujours ? »

« L’énorme chope de bière à demi pleine sur une table basse, à côté du hamac, était éloquente. Maldini avait l’air d’un hippopotame venu s’abreuver à ce récipient ocre. »

« Les prisonniers (…) se penchèrent au-dessus du Tartare, l’immense canyon qui s’ouvrait sous leurs pieds. Le terrain se creusait dans une chute à pic d’environ deux cents mètres. Ensuite, on découvrait une  descente vertigineuse de ravins, de gorges et de murailles de roche avant d’atteindre, enfin, mille mètres en contrebas peut-être bien, une vaste terrasse naturelle. Une ville y était édifiée. »

« Doué d’une mémoire très précise, il savait que trente-trois vies s’étaient éteintes sous ses yeux, par sa faute expressément. Mais il était aussi l’auteur de l’attentat contre l’usine d‘antimatière à Pomone et de l’explosion du vaisseau interplanétaire dans le système de Véga, sans oublier la dépressurisation dans trois secteurs de la station Bérénice. Des centaines de personnes qu’il n’avait pas vues succomber, des voix qui auraient dû crier vengeance dans sa conscience, des yeux qui auraient dû hanter ses rêves. »

Critique : Un très bon roman de SF, basé sur des problèmes que rencontre notre science et auxquels l’auteur invente des solutions, bien que sans les expliquer, ce qui permet d’un côté de ne pas tomber dans un faux docufiction où l’auteur « s’y croit » mais d’un autre, est une solution de facilité.
Le monde sur lequel évolue la plupart du temps le héros, Rhadamante, ressemble à un bas-fond de ville américaine, suffisamment éloigné des quartiers riches pour que ça ne gêne pas les bourgeois et pour que les caïds, créant leur mafia, puissent d’emparer officieusement, voire officiellement, du pouvoir. Le héros, Érèmos, est délicieusement insupportable, réussissant en tout, mais dépourvu de morale, remords ou sentiments quelconques (du moins au départ), et d’une culture étonnante. Les allusions et comparaisons répétées avec la Grèce antique donnent une dimension de plus. Ce livre véritablement écrit est à la 3e personne mais le point de vue est celui qu’on pourrait tout à fait prêter à Érèmos, notamment un certain nombre de petites touches d’humour ironique et pince-sans-rire, voire cynique.
Il porte à s’interroger sur la science, l’Univers, l’humanité, la rencontre-choc avec une forme de vie différente… Tout en étant un bon roman d’aventure-SF !

+ : - L’écriture
-    Le personnage principal et ses caractéristiques
-    L’univers à la fois familier et nouveau
-    Le questionnement ouvert par ce roman

- :  - Avoir basé (ou presque) son roman sur des voyages à vitesse hyperluminique, utiliser un certain nombre de personnages chercheurs ou savants, sans jamais expliquer véritablement (ce qui est, bien-sûr, normal, car s’il détenait une véritable solution, nous serions sûrement en train de préparer un voyage dans le système de Proxima du Centaure !).
-    Dire plusieurs fois que deux personnages ne se reverront pas, tout en les faisant se rencontrer à nouveau (mais ceci vient peut-être de la traduction des temps  et des conjugaisons employés)

Note : 17/20  Les défauts sont très bien compensés par les qualités (à trois points près ! ^^)

Détails pratiques : - Collection Dentelle du Cygne à l’Atalante
-    398 pages de roman
-    Prix FNAC : 18,90 €

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Jeudi 6 septembre 2007 4 06 /09 /Sep /2007 20:21
Les Dames du Lac ; le Cycle d’Avalon, tome 1, de Marion Zimmer Bradley

Traductrice : Brigitte Chabrol

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Résumé du 4e de couverture : La légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde n’avait, depuis longtemps, inspiré un roman d’une telle envergure. Merlin l’Enchanteur, Arthur et son épée fabuleuse, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents, mais ce sont ici les femmes qui tiennent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac, Ygerne, duchesse de Cornouaille et mère d’Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la fée, sœur et amante du grand roi…
Cette épopée envoûtante relate la lutte sans merci de deux mondes inconciliables : celui des druides et des anciennes croyances et celui de la nouvelle religion chrétienne  qui supplante peu à peu les rites ancestraux de la Grande-Bretagne avant qu’elle ne devienne l’Angleterre.

Mon résumé : Après tant d’écrits et de publications brodant plus ou moins autour de l’histoire célèbre d’Arthur, de ses chevaliers et de sa Table à la forme bien connue, voici enfin un ouvrage où les femmes sont mises en avant. Les noms qui reviennent de loin en loin de reines plus belles les unes que les autres, sans avoir d’autre intérêt que celui d’engendrer les futurs héros ou encore d’entraîner les mêmes hommes sur la voie du « péché », par leur simple existence, ont enfin droit à des états d’âme, des pensées, des dilemmes. Elles passent donc au premier plan, notamment Viviane, grande prêtresse d’Avalon (si, si, vous savez… La terre mystique où Arthur part, sur une barque magique, à sa mort), qui est une terre des croyances anciennes, des druides et leurs cercles de pierres, des prêtresses dévouées à la Nature, … et Morgane (c’est vraiment elle qui est au cœur du récit), sans cesse écartelée entre ses serments à la Déesse d’Avalon et ses désirs et ses tourments de femme, Ygerne (surtout au début), mère de Morgane et d’Arthur et Guenièvre, future reine de Grande-Bretagne. Ce qui  se déroule  en soir, ce n’est sans doute pas la peine de le dire, car ceux qui seront intéressés connaissent sûrement déjà les grands traits de ce mythe.

Extraits : « Il est écrit dans les étoiles, mon enfant, que cette terre ne retrouvera son unité que sous la main d’un roi issu des deux royautés, celle des anciennes Tribus qui honorent la Grande Déesse et celle obéissant à Rome. La paix est à ce prix, l’alliance du dragon et de la croix. Alors, Ygerne, ceux-là mêmes qui suivent la croix parviendront à entrevoir nos Mystères : leurs vies, déchirées entre le péché et la souffrance, le ciel et l’enfer, s’en trouveront adoucies, et l’espoir d’une seconde vie sur terre renaîtra en eux. »

« Puis, brusquement, comme un rideau se déchire, la brume se dissipa, dévoilant une étendue paisible d’eau ensoleillée bordée d’herbe. Non loin se trouvait la Montagne, le Tor, autour de laquelle s’enroulait, telle une spirale, le chemin réservé aux processions. À son sommet, Morgane, stupéfaite, aperçut, étincelant sous le soleil couchant, un cercle de pierres immenses dressées vers le ciel. Au pied de la Montagne étaient groupés les bâtiments réservés aux prêtres, et comme accrochés aux premières pentes, le Puits Sacré et le reflet miroitant d’une pièce d’eau. Des bosquets de pommiers bordaient le rivage et, légèrement en retrait, Morgane distingua de grosses boules de gui suspendues en plein ciel aux branches des hauts chênes. »

« Aujourd’hui, cependant, [Viviane] enviait Ygerne, tout en se demandant pourquoi elle avait perdu tous ses enfants. « Oui, je lui envie le grand amour qu’elle a connu… je n’ai pas eu de filles, mes fils me sont totalement étrangers… je n’ai jamais aimé personne, et personne ne m’a jamais aimée. Je n’ai suscité autour de moi que la crainte, le respect et l’admiration, mais jamais l’amour… Oui, sans hésiter, je donnerais tout cela pour sentir se poser sur moi, ne serait-ce qu’un instant, un regard comme celui d’Uther [Pendragon] posait sur Ygerne le jour de leur mariage. »

Critique : Mes convictions plutôt féministes, comme le savent ceux qui me connaissent un minimum, sont ravies d’un tel roman. Mon côté conteuse et écouteuse d’histoires se réjouit également, puisque celle d’histoire (ou Artus) et des chevaliers de la Table ronde me tient beaucoup à cœur (au point que j’ai fait un exposé dessus il y a quelques années). Ce roman est surtout intéressant, d’après moi, pour ces deux aspects, ainsi que les recherches sûrement romancées sur les anciennes croyances celtiques, avec les druides, les cultes à la Nature… L’écriture n’est pas extraordinaire. Il n’est ni plus ni moins que ce qu’on peut attendre de ce genre de livres, qui de toute façon, relatent des légendes de tradition orale, bien qu’on (que je ?) espère toujours un style qui  sorte de l’habituel. Il est difficile de savoir si l’auteur se livre à des élucubrations sur un thème qu’elle aime, ou si elle a fait des recherches sur des versions les plus anciennes possibles, puisque l’on n’a pas encore réussi à dater ce mythe. M. Zimmer Bradley le situe à la chute de l’empire romain, mais il est parfois placé plus tard au Moyen-Âge. Toujours est-il qu’il est né en Grande-Bretagne avant d’arriver en France et d’être raconté par les trouvères et les troubadours en langue d’oïl et en langue d’oc.

+ : - le point de vue des femmes
-    le décor peu courant d’Avalon
-    la « remise à jour » d’un lot (12 pour le prix d’une ^^) de très belles légendes qu’il serait bête d’oublier ou de perdre (et qui sont à tel point ancrées dans notre culture qu’il y a des séries télévisées qui s’en inspirent – il me semble - Il n’y a pas un truc qui s’appelle Caamelot ou quelque chose dans ce goût-là ?)
-    l’opposition christianisme/cultes païens
-    le questionnement sur le pouvoir, ses ficelles, les serments, les influences…

- :  - le style qui pourrait être plus « relevé » (ça manque d’épices, un peu, enfin plus ou moins, fade, quoi !
     - l’accent un peu trop souvent mis sur l’amour. (D’accord, c’est bien, mais bon…) Ça ne gêne pas pendant la lecture en soi, mais c’est un peu lassant.

Note : 16/20

Détails pratiques : - Le Livre de Poche, chez Pygmalion
-    6,50 €
-    Tomes parus dans cette édition : Les Brumes d’Avalon (T. 2), Le Secret d’Avalon (T.3)
-    357 pages en poche (sans compter la préface)

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Jeudi 13 septembre 2007 4 13 /09 /Sep /2007 21:41
Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline
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Résumé du 4e de couverture (extrait) :
-    Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…
-    Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.



Mon résumé : Ferdinand Bardamu, homme jeune au début du roman, puis moins, paumé, mais avec quelques convictions qui souvent ne tiennent pas, au fur et à mesure qu’il « s’enfonce dans la nuit », sans illusions, désabusé, blasé de plus en plus, mais sans provocation. Il rencontre d’abord la guerre, qu’il refuse (cf. ci-dessus ^^), Lola qui finit par le refuser, pour la raison susdite. Il voyage, aux colonies, il est médecin, à Rancy, il part, il revient… Mais il s’enfonce dans la dépravation, environné de misère, de haine, de vices qui le gagnent peu à peu.

Extraits : « Ils n’étaient plus en fin de compte eux-mêmes que de vieux rongeurs domestiques, monstrueux, en pardessus. La gloire de nos jours ne sourit guère qu’aux riches, savants ou non.Les plébéiens de la Recherche ne pouvaient compter pour les maintenir en haleine que sur leur propre peur de perdre leur place dans cette boîte à ordures chaude, illustre et compartimentée, [L’Institut Bioduret Joseph]. C’était au titre de savant officiel qu’ils tenaient essentiellement. Titre grâce auquel les pharmaciens de la ville leur accordaient encore quelque confiance pour l’analyse chichement rétribuée d’ailleurs, des urines et des crachats de la clientèle. Casuel bourbeux du savant. »

« Personne ne me payait. J’ai consulté à l’œil, surtout par curiosité. C’est un tort. Les gens se vengent des services qu’on leur rend. »

« Il lui reprit l’argent d’autorité et à la place des pièces lui chiffonna dans le creux de la main un grand mouchoir très vert qu’il avait été cueillir finement dans une cachette du comptoir.
    Le p !ère nègre hésitait à s’en aller avec ce mouchoir. [Le gérant de la boutique] fit alors mieux encore. Il connaissait décidément tous les trucs du commerce conquérant. Agitant devant les yeux d’un des tout petits noirs enfants, le grand morceau d’étamine : « Tu le trouves pas beau toi dis morpion ? T’en as souvent vus des comme ça dis ma petite mignonne, dis ma petite charogne, dis mon petit boudin, des mouchoirs ? » Et il le lui noua autour du cou d’autorité, question de l’habiller. »

Critique : Un roman magnifique, mais dont on ne sort pas indemne. Il suinte, il dégouline de désespoir, ce livre ! Il donne la sensation d’être en sueur un jour orageux très chaud, lourd, avec ciel gris et pas de réjouissances en perspective. On transpire notre optimisme, on le pleure. Les personnages sont répugnants mais banals, entourés d’êtres pires ou équivalents, les décors sont tristes ou invivables. On suit un impuissant presque volontaire jusqu’ « au bout de la nuit », dans le noir sans nuances. Les puissants sont terribles et impitoyables, aussi on espère voir les sous-fifres se serrer les coudes. Quelle utopie… Chacun dans sa crasse, à se plaindre et se salir encore plus (pour arriver à l’imperméabilité ?), se réjouit quand le voisin se ramasse la gueule sur une poubelle puante. L’autre est là pour qu’on lui déverse le trop-plein de saletés, de haine et de rancœur.
    Ça donne envie, hein ?
    Mais tout ceci n’empêche pas que ce soit très bien écrit, d’ailleurs Céline a révolutionné l’écriture romanesque avec son style très oral et argotique… mais tellement littéraire. C’est à lire à doses savamment choisies, il faut faire attention à garder ses distances (j’ai du mal, d’ailleurs !), en alternant par exemple avec un livre plus léger ou drôle (je l’ai fait avec un Pratchett – prochaine critique ^^).
    Malgré tout, je  le conseille vivement, sauf aux âmes trop sensibles, ou aux gens qui vont déjà mal (ça ne risque pas de vous remonter le moral !). Il aide à ouvrir les yeux mais aussi à choisir des filtres pour regarder le monde – le regarder sans rend malade, fou, ou dépressif, je pense.

+/- : Impossible de juger ce livre ainsi !

Note : impossible également (… pour moi !)

Détails pratiques :
- plein d’éditions (12 sur le site de la FNAC) ! Mais entre autres Folio chez Gallimard
-    621 pages dans cette collection
-    Prix FNAC : 7,79 €

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Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /Nov /2007 14:29
Médée, de Sénèque
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Traducteur : Pierre Maréchaux

Résumé du quatrième de couverture : Médée, une mère aimant trop ses fils, commence par tuer sa bru avant de les exterminer, sur la scène, aux yeux de tous. Cette pièce forte, où Shakespeare et les dramaturges élisabéthains viendront s’abreuver, ne s’achève pas sur la punition, mais sur l’envol de la criminelle, emportée par un char que tirent des dragons.

Mon résumé : Médée, princesse magicienne de Colchide, devenue épouse de Jason (vous savez, celui de la Toison d’or) contre l’avis de son père et de tous ceux de son peuple, partie en exil avec lui. Ils arrivent à Corinthe, où Jason rencontre Créüse, la fille de Créon, le roi de cette cité. Il demande sa main et l’obtient. La pièce débute sur la colère noire de Médée jalouse, trompée par son mari. Au long de la tragédie, on la voit être bannie de la cité, puis obtenir un jour de répit pour dire adieu à ses enfants, comploter sa vengeance et la mettre à exécution, en tuant Creüse et ses propres enfants.

Extraits :
Scène II, vers 164-167
Nourrice
Elle est loin la Colchide, ton époux t’a trahie
Et d’une si grande puissance plus rien ne te reste.
Médée
Il me reste Médée, et en elle tu vois la mer et la terre
Le feu et le fer, les dieux et la foudre.

Scène III, vers 282-284
Médée
Suppliante, c’est dans mon départ que je t’implore pour la dernière fois
Que la faute de leur mère ne retombe pas sur des fils innocents.
Créon
Va-t-en ! Je les recueillerai affectueusement dans mon sein tel un père.

Scène IV, vers 575-578
Médée
Ces présents, mes fils iront sur mon ordre les porter à l’épousée,
Mais auparavant ils seront enduits et chargés de funestes maléfices.
Qu’on invoque Hécate ; qu’on prépare le rituel de mort :
Qu’on dresse les autels et que bientôt les flammes crépitent jusqu’aux toits.

Critique :
Difficile de critiquer une pièce écrite dix-neuf siècles avant notre naissance… Les exigences n’ont rien à voir, les mentalités et les modes sont si différentes… Mais je m’atèle tout de même à la tâche, courageusement ^^ !
J’ai beaucoup aimé lire cette pièce, à la fois parce que  j’aime la mythologie, parce que c’est une des peu nombreuses pièces antiques qu’on a conservées, et parce qu’on y voit quelques touches féministes ! Médée est un beau personnage, complexe, avant tout une femme amoureuse bafouée, mais aussi une mère aimante et une magicienne d’ascendance divine. Il y a des scènes magnifiques où elle ne sait plus quelle femme écouter en elle. En revanche, pour une pauvre jeune du XXIe siècle, les chœurs sont vraiment longs et relativement ennuyeux. J’ai beau savoir que c’était une composante essentielle du théâtre grec, ces passages, descriptifs le plus souvent, sont à la limite de me faire sauter des pages (ce que seule la description de Notre Dame de Paris éponyme dans le roman de Victor Hugo a réussi à me faire faire !).

+ : traduction reprenant la versification
beaux personnages
lire une pièce aussi ancienne

- : appels de notes parfois inutiles alors que d’autres allusions mythologique ou culturelles restent obscures.
Chœurs
Brièveté de la durée de l’intrigue (moins d’une journée)

Note : je ne me permettrais pas !

Détails pratiques : - traduction récente chez « Le Livre de Poche », collection « Les Classiques d’aujourd’hui »
- 1,43 €
- 68 pages sans la préface

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Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /Nov /2007 14:37
Zémal, l’épée de Feu – Chronique de Tramorée, de Javier Negrete

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Traducteur : Christophe Josse

Résumé du 4e de couverture : Tariman, le dieu forgeron, descendit vers le feu éternel du Pratès, les abysses de l’enfer. Là, en secret, il forgea Zémal, l’Épée de Feu. Il invoqua les pouvoirs de la terre et du ciel, le feu des comètes, la lumière des étoiles et les enferma tous dans une lame éblouissante par son éclat.
Telle est l’origine de Zémal, nous dit le mythe des Âges. Or, à la veille de l’an mil, alors que des forces obscures oeuvrent à rallumer la guerre entre les hommes et les dieux disparus, le dernier détenteur de la lame de feu vient à mourir. Seul un tahédoran, grand maître de l’épée, peut participer à sa quête et se l’approprier à son tour. Derguin Gorion et Mikhon Tiq n’ont pas vingt ans ; l’un se destinait à l’épée, l’autre est le disciple d’un mage. Voici l’aventure de ces deux amis saisis dans cette quête où l’avenir même de la Tramorée est en jeu.

Mon résumé : La réunion de quatre personnages qui n’ont pas, à priori, pas tellement en commun : Mikhon Tiq, disciple du kalagôrinor Yatom, le sage Linar, kalagôrinot lui-même, Kratos May, tahédoran à neuf marques, et Derguin Gorion, ibtahan de sixième niveau renvoyé de son école. Leur destin va se croiser pour leur quête commune de Zémal, l’arme qui donne pratiquement tous les pouvoirs à son possesseur. À la mort de celui-ci, des prêtres (les pinakles) sont chargés de la dissimuler dans un endroit lointain (et sauvage) et à une date précise, les tahédorans qui y sont prêts sont mis au courant de cette cachette. Le premier à la saisir devient le nouveau Zémalnite jusqu’à la fin de sa vie et tout recommence. Le dernier en date, Haïron, est assassiné. Le défi est lancé et nous sommes presque en lice nous-mêmes, grâce à ce très bon roman.

Extraits :  « Bien qu’un épais rideau de feutre obstruât la fenêtre, la pièce s’illumina. La lame brillait d’un éclat qui s’annonçait aveuglant de prime abord ;  on pouvait cependant braquer les yeux sur elle sans être ébloui. En vérité, on avait d mal à en détourner le regard. Autour de son tranchant, les images scintillaient et l’air s’imprégnait d’une odeur épicée, vibrant d’un bourdonnement sourd et lointain que l’on ressentait même dans la cage thoracique. »

« Le pas lent du vieux Tarondas les guida enfin au cœur du sanctuaire ; les rayonnages laissaient place à des pupitres où les érudits de la bibliothèque et les savants de passage se penchaient, les sourcils froncés et les coudes pliés, sur des pages séculaires. Au milieu, sous l’oculus vitré du dôme, on découvrait une table ovale, de sic mètres sur quatre avec la carte de Tramorée. Sa maquette, plus exactement, car chaque cordillère saillait minutieusement en un relief à base de plâtre ; les fleuves étaient des sillons peints en bleu qui serpentaient entre de vers pâturages ou des steppes grises ; les forêts étaient autant d’armées de bâtonnets coiffés de boules de coton minuscules ; les déserts, des papiers de verre jaunes et rugueux dont les grains figuraient les sables ; on y voyait aussi les cités majeures, leurs murailles façonnées en bois et de ravissantes miniatures des monuments les plus connus. »

Critique : Un bon roman de fantasy, cocktail formé de tous les ingrédients classiques de cette tambouille : la magie, les « chevaliers » ou approchant, la quête, les ennemis qui paraissent indestructibles, l’amour, l’amitié… Mais Javier Negrete ajoute ses épices qui relèvent nettement le goût ce cette épopée prenante, à l’univers intéressant, sorte de mélange d’empire gallo-romain, de cités médiévales et de contrées inconnues et effrayantes dignes des Enfers des mythologies scandinaves. Il y a un véritable suspense jusqu’à la fin du récit, car l’auteur ne nous permet pas de deviner un « happy end »… Ou non. ^^

+ : - L’univers
-    Les personnages
-    L’intrigue

-  :  Parfois des longueurs
Tout de même des moments trop peu novateurs : la fantasy reste un genre difficile car elles entraîne vite dans des clichés.

Note : 17,5 / 20

Détails pratiques :
- Éditions l’Atalante, collection « Les dentelles du cygne »
-    22 €
-    477 pages sans les cartes et les appendices

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