Dimanche 14 septembre 2008
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La Métamorphose, de Franz Kafka

Résumé : Le meilleur résumé est la première phrase de la nouvelle : « Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégoire Samsa s’éveilla transformé dans son lit en une véritable vermine. » La vie
de Grégoire Samsa, jeune voyageur de commerce jusqu’à cette transformation, qui faisait vivre sa famille, une fois devenu « une véritable vermine »
Ma critique/Extraits : La façon que Kafka a de raconter est incroyable ! Cette métamorphose est décrite avec tant de naturel qu’elle s’inscrit dans le cadre de la vie courante, j’ose à peine
classer cette nouvelle dans les textes fantastiques : rien n’est plus loin de la fameuse « hésitation fantastique » ; ici, ce qui est étonnant et original, c’est justement l’inverse, presque la
banalité du fait. Le lecteur ne se pose pas de question : la transmutation est acceptée, ou alors il faut jeter le livre immédiatement ! Je dirais que même le bon sens ne peut être choqué, vue la
manière dont Kafka présente les choses.
Avant de lire cette nouvelle, j’imaginais que l’on ne voyait la « métamorphose » arriver qu’au moins à la moitié du livre, voire à la fin, mais certainement pas dès la première ligne !
« Grégoire regarda par la fenêtre ; on entendait des gouttes de pluie sur le zinc ; ce temps brouillé le rendit tout mélancolique : « Si je me rendormais encore un peu pour oublier toutes ces
bêtises », pensa-t-il, mais c’était absolument impossible : il avait l’habitude de dormir sur le côté droit et ne pouvait parvenir dans la situation présente à adopter la position voulue. Il avait
beau essayer de se jeter violemment sur le flanc, il revenait toujours sur le dos avec un petit mouvement de balançoire. Il essaya bien cent fois, en fermant les yeux pour ne pas voir les
vibrations de ses jambes, et n’abandonna la partie qu’en ressentant au côté une sorte de douleur sourde qu’il n’avait jamais éprouvée. »
Le personnage même de Grégoire est intéressant : il pourrait être affreusement ordinaire, sa famille l’est plutôt, mais évidemment il devient tout à fait autre et il est passionnant de suivre
l’altération de son humanité, la perte de son « esprit », de son « âme », la réaction de ses parents et de sa soeur cadette, laquelle s’occupe seule de lui, d’abord parce qu’il n’y a qu’elle qui ne
soit pas complètement effrayée et qu’elle garde de la tendresse pour son frère mais de plus en plus à cause du pouvoir que cela lui donne. Une humaine, quoi !
« Maintenant sa soeur ne cherchait plus à deviner ce qui aurait pu lui faire plaisir ; elle apparaissait en coup de vent deux fois par jour, le matin et l’après-midi, avant d’aller au
magasin, et lui poussait du pied un morceau de n’importe quoi par la porte ; le soir, sans même s’inquiéter de savoir s’il avait touché à cette pitance ou s’il l’avait laissée intacte – ce qui
était devenu courant – elle en faisait disparaître les restes d’un coup de balai. Quant au nettoyage de la chambre, auquel elle procédait maintenant le soir, il ne pouvait être enlevé de façon plus
expéditive : des zones de crasse s’allongeaient sur les murs, de petits tas de poussière et d’ordures s’accumulaient dans tous les coins. Les premiers temps Grégoire s’était installé aux endroits
les plus malpropres au moment de l’arrivée de sa soeur, pour lui apparaître ainsi comme un reproche. Mais il aurait bien pu rester là des semaines sans que Grete changeât jamais rien à sa conduite
; elle voyait la saleté aussi bien que lui, seulement elle avait décidé une fois pour toutes de la laisser en place : voilà.
Cela ne l’empêchait d’ailleurs pas de veiller plus jalousement que jamais à ce qu’on lui conservât le monopole du nettoyage de la chambre ; ce regain de susceptibilité s’était
montré contagieux ; c’est ainsi que la mère opéra un jour un grand lavage de la pièce qui nécessita plusieurs seaux d’eau – et ce déluge mortifia profondément le pauvre Grégoire étalé sur son
canapé dans une immobilité amère – mais la punition ne tarda pas. À peine la soeur, en rentrant le soir, eut-elle en effet remarqué cette innovation que, se sentant profondément offensée, elle
courut à la salle à manger pour y piquer une crise de larmes malgré les supplications de sa mère qui lançait les bras aux cieux (...) »
Une analyse fine de la nature humaine, une aventure à suspense tout de même, une écriture intéressante pour la nouveauté de sa façon d’aborder le fantastique... Et en plus c’est court ! Moi je dis
: jetez-vous dessus !
Détails pratiques : - plein d’éditions !
- Les prix : de 1,90 € à plus !
- 82 pages dans ma vieille édition « Le Livre de Poche »