Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 22:08
Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami
traduit par Corinne Atlan

Résumé du quatrième de couverture :
Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d’initiation où se déploient, avec une grâce infinie et une magie stupéfiante, toute la profondeur, la richesse de Héruki Murakami. Une oeuvre majeure qui s’inscrit parmi les plus grands romans d’apprentissage de la littérature.
Kafka Tamura, 15 ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui.
    Nakata, vieil homme simple d’esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse.
    Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus, un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel et encore bien d’autres choses... Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.

Mon résumé/critique + extraits :
    Ce livre m’avait été conseillé très fortement, il y a plusieurs années, par mon père et ma mère. Étant clouée au lit par une saleté de rougeole, j’en ai profité pour le lire enfin. Je crois aux rencontres, aussi était-ce sans doute exactement le moment où il fallait que je le lise...
    Procédé non nouveau, mais toujours intéressant, le changement de point de vue à chaque chapitre. Certains à la première personne, où le Kafka Tamura cité dans le 4e de couverture raconte ses propres aventures. Sa fugue loin de Tokyo. D’autres, à la troisième personne, narrent le trajet de Nakata, un vieil homme un peu simplet, qui parle aux chats (et, fait plus rare, à qui les chats répondent – encore plus rare : ils se comprennent mutuellement) et vit d’une « panse-ion » accordée par le préfet pour son handicap, tandis qu’il arrondit ses fins de mois en recherchant les chats perdus, à la demande de leur maître.
    Il y a également des extraits d’un dossier « classé « top secret », et conservé par le ministère de la Défense des États-Unis, (...) rendu public en 1986 conformément à la loi sur la liberté de l’information. », notamment des transcriptions d’interrogatoires sur une affaire des plus mystérieuses.
    Tous les personnages de ce livre (Kafka Tamura, Nakata, les chats, les personnes interrogées, leurs adjuvants, ou les simples personnes qu’ils croisent) sont étonnants, parfois déconcertants, et ont généralement des réactions inattendues. Certains sont attachants, d’autres laissent perplexes si longtemps que l’on n’arrive pas à déterminer si on les aime ou non. C’était, pour moi, le cas avec Oshima, le bibliothécaire de la Bibliothèque Commémorative Komura. Je ne sais toujours pas, d’ailleurs. Il en va de même pour Melle Saeki, la directrice de cette même bibliothèque. D’autres sont attachants immédiatement, comme Hoshino, le jeune chauffeur routier qui va accompagner Nakata jusqu’à Takamatsu, qui va découvrir la musique classique...
    Malgré tout, tous ces personnages existent, et ce qui leur arrive aussi, que ce soit possible ou pas, du moins d’après les normes établies par notre civilisation. Il se passe sans cesse des choses étonnantes. Des pluies de maquereaux et de sardines, des fantômes de gens qui ne sont pas morts, des femmes qui font l’amour en restant somnambules, des prostituées qui ont choisi ce job pour payer leurs études de philosophie, des personnifications de publicité...

    « Vous êtes vraiment le Colonel Sanders ? [le type de la pub pour Kentucky Fried Chicken]
    Le colonel toussota.
-    En fait, non. J’ai simplement emprunté son apparence.
-    C’est bien ce que je pensais, fit Hoshino. Et qui êtes-vous au juste ?
-    Je n’ai pas de nom.
-    Ça doit être gênant dans la vie courante, non ?
-    Pas vraiment. Je n’ai jamais eu de nom, ni de forme d’ailleurs.
-    Comme un pet, quoi.
-    Oui, si tu veux, en effet. Comme je n’ai pas de forme, je peux devenir tout ce que je veux.
-    Ah.
-    Cette fois-ci, j’ai décidé de prendre une forme facile à reconnaître, celle d’une icône du capitalisme. J’aurais bien pris Mickey, mais chez Disney ils sont assez tatillons avec les droits de reproduction. Je n’ai pas envie de me retrouver avec un procès sur le dos.
-    Moi, ça ne m’aurait pas trop plu que ce que soit Mickey qui me présente une fille.
-    Oui, je te comprends.
-    Et puis, il me semble que l’aspect du Colonel Sanders convient bien à votre personnalité.
-    Mais je n’ai pas de personnalité. Pas de sentiments non plus. Je peux prendre forme et parler comme en ce moment, mais je ne suis ni Dieu ni Bouddha, mon coeur diffère de celui des hommes car je n’éprouve nulle sensation.
-    Qu’est-ce que vous dites ?
-    C’est une citation tirée des Contes de Pluie et de Lune de Ueda Akinari. Je parie que tu ne l’as jamais lu.
-    C’est pas pour me vanter mais, en effet, je l’ai jamais lu.
-    Cela veut dire que je me manifeste sous la forme d’un être humain, mais que je ne fonctionne pas de la même manière puisque je n’ai aucune émotion.
-    Ah, fit le jeune homme. Je ne comprends pas très bien, mais en gros, vous n’êtes pas un humain, et vous n’êtes ni Dieu ni Bouddha. »

« Après le départ d’Oshima, je retourne dans ma chambre, allume la stéréo et mets Kafka sur le rivage sur la platine. J’abaisse l’aiguille sur le disque, et j’écoute la chanson, tout en lisant les paroles sur la pochette.

        Tu es assis au bord du monde
        et moi dans un cratère éteint.
        Debout dans l’ombre de la porte,
        il y a des mots qui ont perdu leurs lettres.

        La lune éclaire un lézard endormi,
        de petits poissons tombent du ciel.
        Derrière la fenêtre il y a des soldats
        résolus à mourir.

Refrain :
    Kafka est au bord de la mer
    assis sur un transat.
    Il pense au pendule qui met le monde en mouvement.

    Quand le cercle du coeur se referme,
    l’ombre du Sphinx immobile se transforme en couteau
    qui transperce les rêves.

        Les doigts de la jeune noyée
        cherchent la pierre de l’entrée.
        Elle soulève le bord de sa robe d’azur
        et regarde Kafka sur le rivage. »


Incroyable. En la relisant, je me rends compte de tout ce qu’elle veut dire par rapport au roman ! Elle est écrite à un moment du livre où on ne peut pas la comprendre entièrement, et elle n’est pas redite... Je suis certaine que si je relisais cet ouvrage, je verrais d’avantages de connexions, je comprendrais mieux les ficelles de cette histoire si particulière !

    C’est étrange. Lorsque je lisais les derniers chapitres, j’étais dans trois dimensions de pensée en même temps. Je suivais le livre, l’intrigue, à un premier plan ; à un deuxième, j’avais des images du texte que j’étais en train d’écrire ; et à un troisième passaient les gens que je désire. Sensation étonnante. Et en même temps, je n’étais qu’au fond de mon lit en train de lire. Le corps et l’esprit sont des choses bien surprenantes.

    Pour en revenir à nos pages, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Il est une « pierre de l’entrée » vers un monde où beaucoup d’éléments ressemblent à ce que nous connaissons... et beaucoup n’y ressemblent pas ! Ce roman est un peu hypnotique, il est difficile d’en détacher les yeux, une fois qu’ils sont plongés dedans. Et il y a quelque chose de très important ici : l’humour. Ce n’est pas si courant dans ce genre d’ouvrages et plutôt précieux !
   
    En bref, je vous le conseille très vivement !


Critique de Viveleslivres, administratrice du Forum Littérat de Bibliothèque
Par Webiblio
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