Dimanche 14 juin 2009
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Dévoile une partie des mécanismes du roman, sachez-le !
Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino
Traduction : Danièle Sallenave et François Wahl
Quatrième de couverture : Vous, Lecteur, vous, Lectrice, vous êtes le principal personnage de ce roman, et réjouissez-vous : c’est non seulement un des plus brillants mais aussi un des plus
humoristiques qui aient été écrits dans ce quart de siècle. Vous allez vous retrouver dans ce petit monde de libraires, de professeurs, de traducteurs, de censeurs et d’ordinateurs qui s’agitent
autour d’un livre. Vous allez surtout vous engager dans des aventures qui vous conduiront chaque fois au point où vous ne pourrez plus retenir votre envie d’en savoir plus, et là, ce sera à vous de
continuer, d’inventer. Bon voyage.
Ma critique : Un ami m’avait conseillé ce roman, sans m’en dire plus... Me retrouvant l’autre jour dans la délicieuse et torturante posture d’être debout devant la bibliothèque familiale et
de devoir élire un de ces romans pour ma consommation immédiate, tout en sachant que tout autre que je refuse n’est retardé que de quelques semaines, au plus quelques mois, je suis tombée nez à nez
avec Calvino, dont j’avais beaucoup aimé Le baron perché, et avec ce titre intriguant et m’ayant déjà été conseillé. Je ne fus pas longue à le saisir et le choisir, bien qu’assez peu aidée par le
4e de couverture.
Je l’ai commencé... Le premier chapitre est étonnant.
« Tu vas commencer le nouveau roman d’Italo Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur. Détends-toi. Concentre-toi. Ecarte de toi toute autre pensée. Laisse le monde qui t’entoure s’estomper
dans le vague. La porte, il vaut mieux la fermer ; de l’autre côté, la télévision est toujours allumée. Dis-le tout de suite aux autres : « Non, je ne veux pas regarder la télévision ! » Parle plus
fort s’ils ne t’entendent pas : « Je lis ! Je ne veux pas être dérangé. » Avec tout ce chahut, ils ne t’ont peut-être pas entendu : dis-le plus fort, crie : « Je commence le nouveau roman d’Italo
Calvino ! » Ou, si tu préfères, ne dis rien ; espérons qu’ils te laisseront en paix. »
Bon, ça encore... J’ai déjà lu d’autres romans qui s’adressent ainsi au lecteur, bien que pas énormément, mais disons que ça va. Le deuxième chapitre continue à s’adresser à un
Lecteur (pas asexué ! C’est bien un homme), il se passe dans une gare, il me fait penser à La modification, de Butor, à cause de cet emploi de la 2e personne et du contexte ferroviaire.
« Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l’ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. Dans
l’odeur de gare passe une bouffée d’odeur de buffet. Quelqu’un regarde à travers les vitres embuées, ouvre la porte vitrée du bar, tout est brumeux à l’intérieur, comme vu à travers des yeux de
myope ou que des escarbilles ont irrités. Ce sont les pages du livre qui sont embuées, comme les vitres d’un vieux train ; c’est sur les phrases que se pose le nuage de fumée. Soir pluvieux ;
l’homme entre dans le bar, déboutonne son pardessus humide, un nuage de vapeur l’enveloppe ; un coup de sifflet s’éloigne le long des voies luisantes de pluie à perte de vue. »
Troisième chapitre, l’Auteur s’adresse de nouveau au Lecteur. Je ne sais plus où j’en suis... Ce deuxième chapitre, il commence le récit, ou il parle vraiment au lecteur ? Fin du
troisième, je saisis un peu mieux... En fait, on va nous faire suivre les péripéties de ce Lecteur à la recherche de la suite du livre qu’il a commencé. Bon, d’accord. Je me dis qu’on aura le roman
qu’il cherche, bout par bout ! Sauf que... Quatrième chapitre, début d’un autre roman ! Cinquième, on nous interrompt, et on s’adresse de nouveau au Lecteur. Sixième, autre début de roman...
C’est très étonnant, on lit de surprise en surprise. Chaque début de roman a un style particulier, un univers, des personnages. Nous plongeons avec eux, pour quelques pages... Et nous nous
arrêtons, extrêmement frustrés, et pleins d’espoir, au cas où cette histoire continuerait quelques chapitres plus loin, ou serait reliée à une autre... Mais non. Pas une seule fois. Sauf celle qui
est intercalée entre les débuts de roman, celle du Lecteur puis de la Lectrice. Italo Calvino fait preuve d’une très grande inventivité, et d’une multiplicité de styles effarante !
Critique très positive, mais il faut choisir ce roman en connaissance de cause, et ne pas s’attendre à une intrigue classique, une narration dans laquelle on peut s’installer tranquillement...
Détails pratiques :
- Points
- 6,65 €
- environ 260 pages