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Mémoires d’une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir
Dans ce livre, Simone de Beauvoir raconte son enfance, son adolescence et ses débuts dans la vie d’adulte, jusqu’à ses vingt ou vingt et un ans. J’ai été absolument emballée par ce récit, du premier paragraphe au point final. J’aime énormément la manière dont l’auteure raconte ces âges en les respectant absolument. Je ne crois pas qu’elle se moque jamais des façons d’être, de raisonner, de réfléchir, de se considérer, de voir le monde, qu’elle a pu avoir tout au long de sa découverte d’elle-même et de sa construction. Résumer cet ouvrage serait stupide, puisqu’il s’agit de sa propre vie : il vous suffit pour savoir de quoi il en retourne de chercher n’importe quelle biographie sur Internet.
Il m’est difficile de faire cette critique, car je crois que si ce livre m’a autant plu, c’est que j’ai été personnellement touchée par Simone de Beauvoir adolescente, se débattant dans sa solitude, la voie qu’on lui trace dans l’intellect pur, son attirance et sa répulsion pour tout ce qui sort de la norme, l’ennui qui lui procurent la plupart des gens qu’elle côtoie, son emportement, sa passion, sa volonté d’écrire à tout prix, ses incertitudes vis à vis des hommes, ses hauts et ses bas démesurés, ses amitiés. Je suis fascinée aussi par les phrases toutes simples comme « à Normale, je rencontrai Nizan et Sartre. » Comme j’aimerais vivre une époque semblable où en traînant la Sorbonne, on rencontre et on devient les plus grands intellectuels du siècle ! Ce n’est pas une histoire de célébrité, mais de reconnaissance mutuelle, d’enrichissement, d’émulsion, de parrainage intellectuel… D’ailleurs, il n’y a pas de fanfaronnade dans la façon dont Simone de Beauvoir l’écrit : ou bien c’est naturel, car après tout, qu’y peut-elle, si ces hommes sont dans la même promotion qu’elle ? ou bien c’est une découverte magnifique, car ils sont intelligents, passionnés, ils la guident et la font grandir, et c’est la même attitude que celle que j’ai en la découvrant elle à travers son livre, une sorte de joie extraordinaire de l’humain lorsqu’il est lié à l’intellectuel et à la vie.
J’ai envie d’écrire à Simone de Beauvoir et de lui dire combien ses Mémoires me font du bien, m’encouragent, me donnent de l’espoir ! Mais elle ne pourra pas me lire…
Revenons à nos moutons critiques. Il est difficile de juger un style autobiographique, surtout lorsque c’est le premier ouvrage que l’on lit d’un auteur. Ici, ce dont je suis certaine, c’est qu’il est fluide, et qu’on sent l’habitude ou en tout cas la pratique antérieure de l’écriture romanesque, qui permet d’entraîner le lecteur dans un flux, et de le faire voguer au gré des rencontres, des apprentissages, des amitiés. Beauvoir glisse des extraits de ses journaux intimes, de correspondance avec Zaza ou d’autres. Ce qui ancre le plus dans le réel est peut-être la présence de noms connus, déjà lus ou entendus, de lieux ou d’êtres. Et puis ce que l’on sait d’elle, ce que l’on a entendu dire… Un début de féminisme, ses idées sur le libertinage autorisé aux garçons et interdit aux filles ? Son puritanisme très catholique lui fait mépriser cela, mais si on l’autorise à un sexe, alors elle ne voit pas pourquoi l’autre n’y aurait pas droit. J’aime beaucoup ce genre de contradictions, ou de paradoxes, que Beauvoir relate sans les ridiculiser, où qu’elle en soit dans sa pensée au moment de l’écriture. On se doute bien, connaissant le pacte célèbre qu’elle a fait avec Sartre (celui où ils décident de s’autoriser mutuellement des « amours contingents »), qu’elle a dépassé assez vite son puritanisme ! Mais ce n’est pas pour autant qu’elle jugera ses pensées d’alors et – je l’ai déjà dit – c’est ce respect qui m’a beaucoup touchée dans ses Mémoires.
Je ne sais trop quoi ajouter, si ce n’est que je recommande ce livre, mais peut-être pas à tous. Il faut sans doute s’intéresser aux autobiographies en général, et/ou à cette époque historique (l’Entre-deux-guerres à Paris), et/ou aux personnages qui commencent à y évoluer et qui compteront dans le paysage intellectuel et artistique français : Sartre, Nizan, Beauvoir évidemment… Quoi que ce dernier intérêt est sans doute moins important que dans La Force de l’âge, deuxième volume de son autobiographie, que j’ai commencé hier.
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